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LE CHANGEMENT CLIMATIQUE EN AUVERGNE-RHÔNE-ALPES
Un phénomène qui se ressent

Qui n´a pas entendu parler du changement climatique, des gaz à effet de serre, du GIEC et de l´accord de Paris. Il n´y a plus de doute, le climat est en train d´évoluer brutalement, les effets se ressentent presque au quotidien. La région AURA a subi des sécheresses récurrentes ces dernières années. Selon l´ORECC Auvergne-Rhône-Alpes (Observatoire régional des effets du changement climatique), les températures ont augmenté de 0,3 à 0,4°C par décennie depuis 1959.

Les augmentations sont plus marquées en zone de montagne. Il y a moins de jours de gel et plus de jours de fortes chaleurs, l´enneigement à 1000m d´altitude a diminué de 40%. Le niveau des eaux de rivières est régulièrement plus bas et les sols plus secs. Le lac d’Annecy a atteint cet été son niveau le plus bas depuis 1947.

Quel est l´impact du réchauffement climatique sur les forêts d´Auvergne-Rhône-Alpes ?

Les forêts subissent un stress hydrique dû à de fortes chaleurs devenues plus fréquentes et qui durent dans le temps. Cela entraine des dépérissements forestiers. C´est le cas du cèdre dans le massif du Pilat et du chêne blanc en Ardèche.

Les ravageurs et les pathogènes se développent plus facilement. L´épicéa subit des attaques de scolytes et la chenille processionnaire fait des ravages. L´aire d´occurrence des feux de forêts a tendance à monter vers le nord. La forêt méditerranéenne s’étend au détriment des forêts alpines et subalpines. Les peuplements de sapin, d´épicéa, de mélèze et de pin cembro diminuent.

Le cycle de l´azote dans les forêts pourrait à l´avenir être affecté. Pour l´instant, les constats dans ce sens sont rares mais le risque existe. La minéralisation de l´azote organique et les prélèvements par la végétation sont synchrones. En cas de rallongement de la période de croissance et d´augmentation des hivers doux, l´azote dans le sol pourrait subir des lessivages et provoquer des stress nutritifs qui ralentiraient la croissance des arbres.

Cependant, certains effets du changement climatique peuvent apparaitre comme positifs. L´augmentation des températures et du dioxyde de carbone dans l´atmosphère, et l´allongement des saisons de végétation (environ 3 jours/décennie depuis 1950) entrainent une augmentation de la photosynthèse, donc de la production, à condition que le stress hydrique soit minimal.

Le tableau ci-dessous présente les effets du changement climatique à l´échelle de l´arbre :

Source : ORECC, Etat des connaissances en sylviculture et changement climatique AURA, 02/2017

Les raisons du réchauffement climatique ?

Trois paramètres expliquent ces changements climatiques : les oscillations périodiques de l´orbite terrestre, les variations périodiques dans le rayonnement solaire et l´évolution de la concentration des gaz à effet de serre. L´orbite terrestre est actuellement quasi circulaire et depuis 35 ans, la radiation solaire a eu plutôt tendance à baisser, cela signifie que le climat est dans un cycle stable. Le réchauffement constaté est dû à l´augmentation de la concentration des gaz à effet de serre dans l´atmosphère. Les plus importants sont : la vapeur d´eau, le dioxyde de carbone, le méthane, le protoxyde d´azote et l´ozone. Depuis 1880, la quantité de dioxyde de carbone a augmenté de 46%, le méthane a été multiplié par deux, et plus 20 % pour le protoxyde d´azote.

Les activités humaines mises en cause sont : l´utilisation des énergies fossiles pour le transport comme pour le chauffage et l´industrie : celle du ciment est responsable, à elle seule, du rejet d´un milliard de tonnes de dioxyde de carbone dans l´atmosphère. Les pratiques agricoles ont elles aussi une grande part de responsabilité dans l´augmentation des concentrations de méthane et de protoxyde d´azote.

La lutte contre le réchauffement climatique. Des paroles aux actes !

Il est urgent de réduire drastiquement les émissions des gaz à effet de serre et de mettre en place des procédés de capture de ces gaz. Selon le GIEC, afin de limiter l´augmentation des températures à +1,5°C par rapport à l´aire préindustrielle, il est absolument essentiel de réduire de 45% les émissions de dioxyde de carbone d´ici 2030 et d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. À la COP21, quasiment tous les pays de la planète ont acté la volonté de limiter l´augmentation des températures à +2°C en 2100 (par rapport à l´aire préindustrielle). La COP24, qui s´est ouvert en Pologne le 2 décembre, permettra-t-elle d´aller plus loin que l´accord de Paris (COP21) ? Si aucune action n´est mise en place pour infléchir la courbe des émissions de gaz à effet de serre, la température sera de +5,5°C en 2100.

En France, la Programmation pluriannuelle de l´Énergie de 2019 redonne le cap. L´Etat réaffirme son engagement vers les énergies renouvelables (ENR) et l´efficacité énergétique. Les 4 dernières centrales à charbon seront fermées en 2022 et la part du nucléaire sera largement réduite pour permettre aux énergies renouvelables de se développer. 14 réacteurs nucléaires devraient fermés d´ici 2035. Toutefois, la France a pris un gros retard, l´objectif initial de 23% d´ENR dans le bouquet énergétique en 2020 est inatteignable dans le temps imparti. Dans cette optique, le bois en tant que matériau de construction et source d´énergie prendra une place prépondérante.

La Région a voté un budget de 70 millions d´euros sur 3 ans pour accompagner la transition énergétique. L’objectif est de baisser de 23% les consommations énergétiques et de 32% les émissions de gaz à effet de serre à l´horizon 2030. En parallèle, la production d´énergies renouvelables augmentera de 36%. La part du bois dans les ENR sera très importante.

Les collectivités locales au rendez-vous de la transition énergétique

Bon nombre de collectivités ont pris à bras le corps la question du changement climatique, certaines par obligation, d´autres par véritable volonté politique.

Il y a celles qui réalisent un PCAET (Plan Climat Air Energie Territorial). Ces plans visent à réaliser un bilan des gaz à effet de serre et à recenser et planifier toutes les actions permettant de tendre vers un bilan carbone neutre. Ces actions concernent tous les domaines possibles, notamment la mobilité, l´énergie, la forêt, la biodiversité...

Il y a les 29 territoires sur notre région qui ont été retenus dans le cadre de l´appel à projet « Territoire à énergie positive pour la croissance verte ». Ils visent « l'objectif de réduire ses besoins d’énergie au maximum, par la sobriété et l'efficacité énergétiques, et de les couvrir par les énergies renouvelables locales ("100% renouvelables et plus").»  (d’après www.territoires-energie-positive.fr)

Il y a aussi toutes les communes qui choisissent de construire en bois local ou de construire une chaufferie à bois et un réseau de chaleur. L´utilisation du bois est une très bonne solution à bien des égards.

Le bois et le changement climatique

Le bois est une ressource essentielle à considérer dans le cadre de la lutte contre les gaz à effet de serre. Le bilan carbone du bois énergie est considéré comme neutre, il est une très bonne alternative aux énergies fossiles. De plus, le bois stocke du carbone qu´il capte dans l´atmosphère, surtout lorsque l´arbre est en forte croissance. En Rhône-Alpes, le bois stocke en moyenne, selon l’IGN, 4.8tCO2eq/ha/an. Cependant, cette donnée fluctue beaucoup en fonction des essences. Stocker le carbone sous forme de bâtiment en bois est donc une très bonne solution de lutte contre l´effet de serre. En brûlant du bois, ce dernier rejette une certaine quantité de CO2/kWh mais celle-ci correspond au carbone prélevé dans l’atmosphère tout au long du cycle de vie de l´arbre. A ce bilan carbone neutre, il convient de rajouter le CO2 émis lors de l´extraction (soit l´abattage, le débardage, le transport et la transformation du bois), mais cela reste sans commune mesure avec le CO2 émis lors de l´extraction du pétrole, du gaz, du charbon ou de l´uranium.

Pourtant, le bois peut être de temps en temps décrié. Il est considéré comme un élément majeur de la pollution aux particules fines. En termes de gaz à effet de serre, le bois est une bonne solution, nous venons de voir que son bilan était quasi nul. Mais en cas de mauvaises conditions de combustion, les fumées composées de dioxyde de carbone et d´eau peuvent s´accompagner de particules fines (PM2,5), de benzopyrène (BaP), de monoxyde de carbone (CO), de composés organiques volatils (COV) et d´oxydes d´azote (Nox). Comment garantir une bonne combustion afin de ne pas libérer tous ces polluants dans l´atmosphère ?  Il est nécessaire d´éviter les combustions dites incomplètes. Ces conditions se rencontrent lorsque les températures de combustion ne sont pas assez élevées, que le combustible n’est pas assez sec et que les gaz produits ne séjournent pas assez longtemps dans le foyer. Ainsi, la cheminée ouverte est à proscrire. Le foyer fermé double et triple combustion permet d´éliminer une plus grande part de ces émissions non souhaitées, mais la meilleure solution reste la chaufferie à bois et d´autant plus si elle est de forte puissance (plus de 1 Mw) et équipée de filtres. Dans ce cas, les particules polluantes qui peuvent être rejetées dans l´atmosphère sont négligeables.

Le dernier point de vigilance est l’exploitation trop intensive du bois. Ce n´est pour l´instant pas le cas. En France, l´exploitation forestière n´arrive pas à prélever l´accroissement annuel. Il peut y avoir des forêts exploitées de manière intensive, mais cela reste encore marginal. Toutefois, Il est nécessaire de rester vigilant. Le Schéma Régional Biomasse (SRB) réalisé en cohérence avec le Plan Régional de la Forêt et du Bois (PRFB) permet de définir les orientations et vérifier l´équilibre entre les besoins de prélèvement et la qualité et la quantité des biotopes.

La route vers l´atténuation du changement climatique sera encore longue, difficile et coûteuse. Serons-nous dans les délais pour cette course contre la montre ? L’avenir nous le dira, en tout cas la forêt et la filière bois en Auvergne-Rhône-Alpes sont des atouts essentiels qui contribueront fortement à la transition énergétique et donc à l’atténuation du réchauffement climatique.

Les Communes forestières sont impliquées avec les acteurs régionaux de la filière qui travaillent sur ces questions dans le cadre du projet METIS qu’elles coordonnent. Si, en termes de questionnement sur les essences à promouvoir et les plantations, des éléments de solutions émergent à l’échelle européenne et nationale, les forestiers ne disposent pas d’aides à la décision contextualisées. « Penser la sylviculture durable de demain », est l’un des pôles d’actions de METIS qui permettra aux acteurs de la forêt publique et privée une prise en compte renforcée du changement climatique dans les documents de gestion et d’avoir des principes de gestion partagés et mutualisés pour mise en application dans notre région.
 
Les Communes forestières sont aussi impliquées auprès des territoires avec un programme sur la transition énergétique pour renforcer l’action des collectivités adhérentes engagées dans une démarche de planification énergétique en les dotant d’outils opérationnels « clé en main » pour intégrer la filière bois comme vecteur de transition énergétique, et d’outils innovants permettant d’initier des pratiques vertueuses nouvelles.  

Pour en savoir plus, contactez notre référent sur le sujet, Wilfried Tissot wilfried.tissot@communesforestieres.org

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